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15 mars 2018 4 15 /03 /mars /2018 17:35
ROYAL MONACO MEDECINE: J’ai une grosse prostate, que faire ?

J'ai une grosse prostate: que faire?


Chère amie, cher ami, 

Certains d’entre vous m’ont demandé d’aborder le sujet des hypertrophies bénignes prostatiques (HBP) ou adénomes de la prostate, ce que je comprends parfaitement. Car ces maladies bénignes touchent une grande majorité d’hommes de plus de 60 ans, même si certains d’entre eux n’ont pas ou peu de symptômes.


L’origine des HBP, maladie de dégénérescence tissulaire, est mal connue : au microscope, le tissu prostatique perd sa différenciation spécifique, il y a moins de cellules prostatiques et globalement la glande augmente de volume. Pour l’urologue Georges Debled [1] qui avait soigné la famille royale belge, cette dégénérescence serait due au déficit en testostérone mais cette opinion fut à l’origine d’une grande polémique, car la testostérone et ses dérivés (voir plus bas) stimulent le métabolisme des cellules prostatiques et, de ce fait, augmente le risque de cancer. [2] Aujourd’hui, une majorité de médecins restent très prudents avec la supplémentation en hormones masculines (androgènes) alors qu’en réalité c’est la dihydrotestostérone [3] qui est impliquée. Si, chez les hommes plus jeunes, en cas de déficience érectile, une supplémentation en testostérone est indiquée, elle doit obéir à des règles de surveillance clinique et biologique très strictes afin de maîtriser le risque de cancer de la prostate. Je traiterai plus spécifiquement cette pathologie dans une prochaine lettre.

 

Si vous ressentez au moins deux de ces symptômes, faites évaluer l’état de votre prostate

  • Envies fréquentes d’uriner et impossibilité de rester plus de deux heures sans le faire et besoin irrépressible; 
     
  • Nécessité de se lever plusieurs fois dans la nuit pour uriner; 
     
  • Besoin de pousser pour commencer à uriner; 
     
  • Faiblesse et interruption du jet; 
     
  • Fuites urinaires; 
     
  • Impression de mauvaise vidange vésicale (qui correspond effectivement à un résidu d’urines dans la vessie que l’on ne peut évacuer); 
     
  • Traces de sang (parfois) dans les urines.
     


 

L’urologue vous examinera, pratiquera un toucher rectal (TR) et peut-être une échographie pelvienne et un dosage sanguin des PSA afin de s’assurer de l’absence de risque de cancer.

Si c’est le cas il vous proposera un traitement. Sachez que deux au moins d’entre eux (Pygeum Africanum et Saw Palmetto ou Palmier Scie) sont issus d’extraits naturels de plantes.

 

 

Ne confondez pas hypertrophie bénigne de la prostate et prostatite

Toutes les deux entraînent une inflammation de la prostate et une augmentation de son volume, mais la première est une modification morphologique et volumétrique de la prostate qui concerne plus ou moins tous les hommes de plus de 80 ans mais qui peut apparaître bien plus tôt, dès la quarantaine.

La seconde fait suite à une infection bactérienne ou virale et le plus souvent une maladie dite « sexuellement transmissible » dont la seule vraie prévention conduit à utiliser, sans restriction ni honte un préservatif.

Le traitement de la prostatite est antiinfectieux et nécessite souvent l’usage prolongé, pendant au moins quatre semaines, d’antibiotiques puissants. Ces derniers, même associés à des antiinfectieux naturels comme ceux que je propose pour le traitement de l’hypertrophie bénigne de la prostate ne guérissent pas toujours facilement l’inflammation qui sera d’autant mieux résolue que vous prolongerez le traitement avec des produits naturels et que vous avez un mode de vie et d’alimentation protecteurs.

 

Toujours au premier plan : alimentation, mode de vie et nutrition

Je vous ai souvent parlé des grands principes de l’alimentation dite « anti-inflammatoire » : pas d’excès de protéines animales, de gluten, de laitages (respect des intolérances), et d’aliments sucrés avec un fort index glycémique. Fuyez absolument les acides gras trans [4].

Consommez au quotidien et à chaque repas, des légumes à feuilles vertes ou colorés (contenant des caroténoïdes, dont le lycopène [5]), des crucifères (choux, brocolis) des huiles riches en Oméga3 (lin, colza), de l’huile d’olive et des épices telles le curcuma associé au poivre noir, de l’ail …L’huile et les graines de lin auraient une action spécifique (voir plus bas).

Buvez suffisamment, surtout en période de chaleur et à défaut d’utiliser des carafes à filtres variez les sources minérales. Buvez régulièrement du thé vert qui (comme certains médicaments) apporte des catéchines inhibant l’enzyme (5-alpha-réductase) responsable de la transformation en testostérone des hormones sexuelles féminines qui majorent le risque d’hypertrophie et de cancer. La Chine est l’un des pays où l’incidence du cancer de la prostate est la plus faible ; Serait-ce dû à la consommation régulière de thé vert ?

Ne mangez pas trop tard le soir et restreignez vos portions et repas de viande et charcuteries : une étude a démontré que la consommation quotidienne de quatre portions ou plus de légumes réduisait le risque d’HBP de 32 %, alors qu’un apport accru d’aliments gras augmentait ce risque. La consommation quotidienne de viande rouge s’est également avérée néfaste, haussant le risque d’HBP de 38 % [6]. Une étude récente confirme qu’une trop grande consommation de viande peut être cancérogène [7]… sans parler des dangers des viandes et autres produits grillés, rôtis, trop cuits et noircis [8] dont les résidus sont hautement cancérogènes. La consommation régulière de frites et chips cumule tous les risques car, en plus elles apportent de l’acrylamide dont la toxicité ne fait plus de doutes.

Concernant votre mode de vie, essayez de réguler progressivement votre poids car, comme pour les cancers du sein, il semble que l’on trouve plus de cancers chez les personnes en surpoids. Ne vous lancez pas dans des régimes drastiques ou trop restrictifs mais apprenez à réguler votre nutrition sans générer de déficiences nutritionnelles.

Au premier symptôme, évitez les activités sportives qui peuvent traumatiser votre prostate comme le vélo et l’équitation.

 

L’optimisation de votre statut nutritionnel, en plus de ces mesures alimentaires peut vous aider à changer le cours de l’évolution de la maladie

En premier vient le zinc : Les tissus prostatiques contiennent dix fois plus de zinc que tout autre tissu de l'organisme et il existe une baisse du taux intracellulaire de zinc et de citrate dans les cellules de cancer de la prostate. Cette diminution du pouvoir d’accumulation du zinc par les cellules tumorales est un facteur de développement et de progression du cancer de la prostate. La restauration d’un bon niveau de zinc dans les cellules prostatiques pourrait permettre une prévention ou un traitement de ce cancer.

Par contre les études épidémiologiques disponibles ne permettent pas de conclure formellement à l’intérêt d’une supplémention en zinc, Cependant une légère association a été observée entre la réduction du risque de cancer invasif de la prostate et une supplémentation de longue durée avec au moins 15 mg de zinc au quotidien [9].

On préconise également des apports en caroténoïdes et plus spécifiquement en lycopène, pigment rouge issu de la tomate et des fruits et légumes colorés.

En 2007, un rapport du World Cancer Research Fund WCRF s’appuyant sur l’analyse de 500 000 études scientifiques conclue qu’il existe un faisceau de preuves suffisant à propos du cancer de la prostate [10] en faveur des effets protecteurs des aliments contenant du lycopène, en particulier la tomate et ses produits dérivés. Selon ce rapport, l’effet augmente avec la dose et le lycopène est mieux absorbé lorsque les aliments sont cuits et broyés. Des études postérieures ont remis en question ces résultats, mais par contre je peux vous confirmer que la prise de lycopène (dans le cadre de l’alimentation telle que je l’ai décrite ci-dessus) diminue l’inflammation et les symptômes de cette maladie.

 

Des traitements naturels ressentis généralement comme efficaces

Il faut noter que deux médicaments largement préconisés, le prunier d’Afrique et le palmier de Floride (Saw Palmetto) ou palmier scie sont composés de ces substances.

L'extrait de prunier d'Afrique (Prunus Africana ou Pygeum Africanum), possède un effet anti-inflammatoire vis-à-vis de la prostate, en inhibant la 5-lipoxygénase des polynucléaires infiltrant le tissu prostatique. Les études cliniques publiées sur l'extrait, font état d'une amélioration significative par rapport au placebo sur les symptômes de l’adénome. Les études cliniques réalisées avec le prunier d'Afrique ont montré que le dosage effectif optimal est de l'ordre de 150 mg par jour et qu'il induit une réduction de volume de la prostate de l'ordre de 35% après 10 à 25 jours de traitement. [11]

Les effets du Saw Palmetto sont beaucoup plus controversés [12] d’autant que ces plantes sont souvent associées, notamment à la racine d’ortie dans des études cliniques datant déjà de quelques années [13].

Ce palmier floridien est bien connu des médecins homéopathes mais sous le nom de Sabal Serrulata. Associé à d’autres souches homéopathiques (voir plus bas) il est conseillé, en dilutions 4 ou 5 CH, trois granules au réveil et au coucher, en cas de difficultés à uriner. Les vieux homéopathes américains le surnommaient « le cathéter homéopathique ».

De nombreuses études ont permis de montrer que les racines d’orties, prises sous forme d’extrait standardisé, soulageaient les troubles urinaires liés à l’hypertrophie bénigne de la prostate [14]. L'extrait de racine d'ortie empêcherait la conversion de la testostérone en dihydrotestostérone (en inhibant l'enzyme 5 alpha réductase) et agirait sur son transporteur protéique vis-à-vis des récepteurs prostatiques (SHBG). Il semble diminuer la production d'œstrogènes (œstradiol et estrone) en inhibant l'activité de l'aromatase [15] ce qui le rend particulièrement intéressant à conseiller lorsque les hommes sont ou ont été supplémentés avec de la testostérone. La commission E allemande et « l'European Scientific Cooperative on Phytotherapy (ESCOP) » le recommandent.

L’huile et les graines de lin

Une étude randomisée [16] confirme que les lignanes provenant de graines de lin ou d’huile de lin ont un effet favorable sur les symptômes des voies urinaires chez les patients souffrant d'hyperplasie bénigne de la prostate. (HBP). L’extrait améliore la qualité de vie des patients et diminue l’intensité des symptômes. Je tiens à rappeler que je recommande aussi une consommation régulière de graines de lin broyées au petit déjeuner pour réduire l’inflammation chronique de l’intestin et diminuer sa perméabilité.
 

Les phytostérols et en particulier le bêta-sitostérol

Ce sont des composés naturellement présents dans toutes les plantes, y compris les fruits et les légumes et certaines huiles en particulier l’huile de soja [17]. On les retrouve également dans des aliments comme les germes de blé ou de soja. Ces substances que les publicités télévisées vantent pour leur action anti cholestérol (qui n’est pas toujours justifiée) ont pour la plupart et en particulier pour le bêta sitostérol une action sur les symptômes de l’HBP. Une méta analyse publiée en 2000 a confirmé les effets [18] d’une prise de 20 milligrammes de bêta sitostérol, trois fois par jour, pendant six mois.
 

Pépins et huile de pépins de courge (ou citrouille)

La Commission E et l’Organisation Mondiale de la Santé reconnaissent l'usage médicinal des graines de citrouille pour soulager les symptômes associés à l’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP). Diurétiques, les graines soulagent ces troubles, sans pour autant réduire le volume de la prostate. Bien qu’on n’ait pas encore trouvé d’explication à ces effets, plusieurs substances potentiellement actives ont été identifiées dans les graines de citrouille (acides gras insaturés, zinc et phytostérols) et les hypothèses ne manquent pas.

Les quelques études réalisées ont donné des résultats encourageants sur la réduction des symptômes sans réduction réelle du volume de la glande.

 

Les extraits de pollen

Les extraits de pollen sont préconisés depuis de nombreuses années dans différents pays d'Europe et d'Asie. On les retrouve dans de nombreux compléments alimentaires et je connais beaucoup de personnes qui ne sauraient s’en passer pour soulager leurs troubles prostatiques. Indépendamment du fait que les extraits de pollen inhiberaient la formation de dihydrotestostérone (DHT), l'extrait (en particulier du seigle) a des propriétés anti-inflammatoires et apaisantes sur les symptômes.

Une méta-analyse [19] a confirmé qu’il diminue les besoins nocturnes d’uriner mais n’a pas noté d'incidence sur les autres symptômes.

Bien d’autres nutriments sont réputés diminuer l’inflammation prostatique et en réduire les symptômes. On peut retenir la quercétine [20], parfois associée à la bromélaïne [21], le bore ou le sélénium. Ces associations sont logiques mais je n’en ai pas personnellement l’expérience et je n’ai pas trouvé d’études scientifiques confirmant leur action.

Personnellement, je recommande souvent un complément alimentaire qui rassemble en un seul comprimé l’ensemble des éléments que je viens de décrire ; C’est le « Men Plus » à la dose recommandée d’un comprimé matin et soir. Il est assez cher mais finalement bien moins que la prise individuelle des compléments ou de certains médicaments qui ne sont pas ou mal remboursés.

 

Les traitements homéopathiques peuvent être d’une grande aide

J’ai déjà cité l’action symptomatique évidente du Sabal Serrulata qui doit être associé à d’autres médicaments pour tenter de réduire l’adénome dont en particulier Thuya, Conium, Pareira brava, Chimaphila Umbellata ou Sélénium métallicum. Comme le Sabal Serrulata ils sont préconisés en basses dilutions à prendre deux fois par jour. Des médicaments dits « de fond ou de terrain » sont préconisés avec prudence en cas de risque de cancer. On peut proposer en moyennes dilutions (15 CH) Thuya, Staphysagria, Baryta Carbonica ou Lycopodium. Interrogez votre médecin homéopathe et reportez-vous à une matière médicale [22] pour préciser les indications et les meilleures associations.
 

Les médicaments de l’HBP

En plus de ceux que j’ai cités précédemment il en existe deux groupes : les alpha-bloquants et les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase. Ils sont efficaces « en dernier recours » au prix de certains effets secondaires et aucune étude ne confirme, à terme, leur activité sur l’évolution de la maladie.

J’ai eu recours aux alpha-bloquants lorsque le volume prostatique brutalement augmenté (souvent en cas de prostatite aigüe) provoquait des symptômes mictionnels ou en fin d’évolution de la maladie, plus généralement chez des personnes âgées. Les études stipulent qu’ils ne diminuent pas le volume prostatique. Ils permettent de rétablir un meilleur débit urinaire et de diminuer le résidu vésical à l’origine d’infections urinaires. Les effets secondaires les plus gênants proviennent de la vasodilatation qu’ils entraînent ce qui conduit à être très prudent chez des personnes sous traitement antihypertenseur.


Je n’aime pas trop recommander les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase du fait de leurs effets négatifs sur la capacité érectile et la libido car ils font baisser les taux de testostérone et de dihydroteststostérone sériques.. Ils diminuent l’intensité des symptômes ainsi que le résidu post-mictionnel mais il faut savoir que leur action est souvent retardée de quelques mois et qu’ils abaissent artificiellement le taux de PSA.

Les deux classes peuvent, bien entendu être associées…mais les effets secondaires aussi.

Si je devais donner un dernier conseil, ce serait celui de ne pas négliger l’apparition de symptômes, de se faire examiner afin de suivre l’évolution de son volume prostatique et surtout, au moindre signe, de s’interroger pour modifier son mode de vie et ne pas hésiter à prendre, si nécessaire et le plus tôt possible, des compléments alimentaires ou des traitements phytothérapiques sans effets secondaires, tout en continuant à se faire surveiller.

Merci de votre lecture attentive,
 

Docteur Dominique Rueff

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