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26 mars 2018 1 26 /03 /mars /2018 06:29
Les Princes Charles et Camilla de Bourbon Deux Siciles  à la rescousse du Sud de l’Italie depuis New York

Charles et Camilla à la rescousse du Sud de l’Italie depuis New York

Une interview exclusive du prince Charles et de la princesse Camilla de Bourbon des Deux-Siciles au cours de laquelle ils s’engagent en faveur de la défense des droits des femmes et pour la relance du Sud

par Stefano Vaccara

 

17 Mars 2018

Rencontre au Plaza Hotel de Manhattan avec les princes héritiers de la maison de Bourbon qui régnait à Naples lorsqu’elle était capitale du royaume des Deux-Siciles. Ils nous parlent aussi de politique, de la signification de la victoire du parti “Cinquestelle” au Sud et d’une possible entrée dans l’arène politique : "L’Italie est le plus beau pays du monde. Nous sommes tous italiens, avec nos grandes vertus intellectuelles et morales. Il faut continuer ainsi, avec fierté et, surtout, nous devons être très fiers d’être du Sud”

Au départ, lorsque j’ai reçu la proposition d’aller interviewer les princes de la maison royale de Bourbon des Deux-Siciles à New York, j’ai cru qu’il s’agissait d’un canular. Puis, quand j’ai compris que Charles et Camilla se trouvaient vraiment à New York et qu’en les rencontrant, j’aurais eu l’opportunité de leur poser n’importe quelle question, je me suis rendu compte qu’il s’agissait-là d’une occasion unique, quelques jours après les élections en Italie : en effet, avec le parti de la Lega qui a dominé au Nord et celui des Cinquestelle qui a fait banco au Sud,  j’étais vraiment curieux de connaître les idées à ce sujet des héritiers de la maison qui régnait à Naples …

 

 Charles et Camilla de Bourbon des Deux-Siciles à New York (Photo VNY)]

Le rendez-vous a été fixé pour lundi au Plaza Hotel qui domine l’angle sud entre Central Park et la 5ème Avenue. A mon arrivée, le prince Charles m’accueille chaleureusement et j’entends immédiatement l’inflexion française avec la prononciation typique du “r” qui n’est pas uniquement l’apanage de la noblesse. En effet, Charles de Bourbon est né et a grandi en France. Quelques minutes plus tard, la princesse fait son entrée en transmettant immédiatement une énergie toute new-yorkaise et pour cause: Camilla, a vécu et a étudié ici, du lycée à l’université.

Nous nous asseyons et entamons la conversation. Les princes de Bourbon des Deux-Siciles, Charles et Camilla,  répondent à tour de rôle à mes questions, en ne délaissant aucun argument et, comme vous le lirez, en ayant parfois des idées foncièrement différentes.

Nous commençons en essayant de comprendre le motif pour lequel ils se trouvent à New York et ce qu’ils pensent de l’Amérique.

Camilla prend immédiatement la parole: “New York a toujours été dans mon cœur. J’y ai grandi, j’y ai terminé mes études à la New York University, j’y ai beaucoup d’amis. Je me sens à la maison, une love affair sans limites. J’ai grandi avec la liberté et avec l’esprit de pouvoir tout essayer, de pouvoir entamer n’importe quelle activité au niveau du travail. L’histoire de notre famille plonge ses racines dans la culture et dans l’histoire européenne, un peu comme l’Amérique qui n’a jamais brisé son lien avec l’Europe. A New York, les semences de cette culture se sont transformées en plantes et en fruits qui ont produit liberté, bien-être et des nouvelles formes de beauté. A New York, le meilleur des différentes cultures a trouvé son lieu idéal pour se connecter et dialoguer. Dans ce monde globalisé, New York reste un point d’appui et un moteur de modernité”.

Charles et Camilla de Bourbon avec leurs filles Maria Carolina et Maria Chiara à Manhattan (Photo VNY)]

La princesse poursuit: “Je tiens beaucoup au combat que je suis en train de mener en tant qu’ambassadrice de l’association ‘Un Women for Peace Association’, reconnue et supportée par les Nations-Unies. Un combat qui concerne le droit à la santé, mais aussi – et cela est plus que jamais d’actualité – le droit des femmes à ne pas subir des discriminations ou, pire, des violences et des harcèlements sexuels. Je remercie toutes les femmes qui se battent chaque jour pour cela, parfois dans des conditions de misère profonde. En vertu des racines historiques et de la tradition de notre Maison Royale, il s’agit d’un thème auquel je suis particulièrement sensible. Les droits des femmes dans le Sud de l’Italie ont progressé grâce à l’exemple éclatant de femmes qui sont devenues le moteur de leur famille, institution fondamentale surtout dans le Sud, et qui se sont aussi affirmées comme vecteur de l’évolution culturelle et sociale de l’entièreté de la collectivité. Cependant, il y a encore beaucoup à faire pour gommer certaines formes d’archaïsme dans la culture du droit et des droits. Une nécessité de croissance qui concerne tout le monde, aussi bien les hommes que les femmes, et qui doit être soutenue en tenant la barre ferme et en affirmant à chaque occasion les valeurs de la liberté et du respect qui sont à la base de la culture européenne, comme le savent parfaitement bien les italiens qui ont cherché et trouvé fortune aux Etats-Unis. Voilà pourquoi je me bats et je mène ce combat aussi bien en Europe qu’en Amérique”.

Le prince Charles intervient: “Comme toujours, les changements ne se font pas d’un jour à l’autre. Il s’agit-là d’un sujet intéressant et tu as aussi eu le grand honneur de sonner la cloche de Wall Street…

“Pour moi, cela a été une grande émotion de pouvoir sonner la cloche pour marquer l’ouverture de la Bourse de Wall Street. Ce geste des ‘Femmes pour la paix’ pour aider les initiatives des Nations-Unies pour les droit de l’homme, pour la défense des femmes contre toute forme de violence et de discrimination, a eu un retentissement global et a aussi sonné l’alarme au sein du temple de la finance. Lors de mon discours au quartier général de l’Onu, j’ai voulu souligner que la violence sur les femmes ne connaît malheureusement aucune frontière. Elle touche tous les pays, tous les niveaux de la société, sans limites de richesse ou de niveau social ou culturel. Le débat plus récent sur les violences que les femmes ont subies sur les lieux de travail comme entrave au déploiement de leurs capacités individuelles a justement éclaté aux Etats-Unis. A partir du monde du cinéma, producteur de culture, qui a démontré de ne pas être différent de n’importe quel environnement de travail. Comme dans les professions et dans les entreprises, dans les bureaux publics, les universités… Si un message aussi fort part de Los Angeles ou de New York, il peut vraiment faire la différence.  Il est extrêmement important de faire comprendre que la femme, qui a déjà les responsabilités d’être mère et d’élever ses enfants, a aussi le droit de travailler…”.

“Et d’être une épouse”, ajoute Charles.

“Oui, également d’être une épouse, et si on ajoute les souffrances pour les discriminations et les violences, il est clair qu’il faut encore lutter davantage et dans beaucoup de pays. Personnellement, je suis fière de ce que les Bourbons ont fait pour les droits de la femme. En Italie et en Europe, je suis ambassadrice de projets que j’ai mis en route avec mon mari pour protéger toutes les femmes victimes de violence domestique et autres (Projet Salvamamme), en faveur des enfants abandonnés (Institut Ozanam) et, surtout, en faveur de la santé (hôpital Cardarelli de Naples et Bambin Gesù de Rome). L’aspect le plus important est que nous transmettons chaque jour ces valeurs à nos filles qui me suivent dans ce parcours et qui sont déjà ambassadrices de plusieurs projets humanitaires”.

 

 Charles et Camilla de Bourbon à Wall Street]

Je demande ce qu’ils pensent de l’Italie actuelle, au-delà de leur avis sur les élections: êtes-vous préoccupés ou bien pensez-vous que les choses en Italie, même au Sud, ne vont pas si mal que ça? Il semble que le prince Charles veuille dire immédiatement quelque chose de positif: “Avant tout, je pense que l’Italie est vraiment un très beau pays. Pour sa complexité, son histoire, les civilisations qui s’y sont succédées. Evidemment, il y a le problème qui s’est créé après l’unification, entre le Nord et le Sud, comme si le Sud était un poids pour toute l’Italie. Mais sans penser trop au passé, il ne faut pas oublier qu’à l’époque, il existait un équilibre beaucoup plus important entre le Nord et le Sud. Puis toutes les richesses du sud ont été déportées au nord. Par conséquent le phénomène italien actuel, sans parler de politique, mais du besoin du Sud, n’est pas une nouveauté, puisqu’il est né avec l’unification italienne. Malheureusement, ceci pèse à présent beaucoup sur tout le reste de l’Italie, tant qu’on ne redonnera pas une certaine dignité, une certaine identité…”

Camilla ajoute: “Avec des investissements, avec des programmes…”.

Le prince s’interrompt, attend un instant et reprend: “Tant que cela n’aura pas lieu, le Sud de l’Italie représentera un problème pour le reste de l’Italie. Il faut aider le Sud en lui redonnant les moyens, car ce n’est certainement pas la volonté et la capacité qui manquent, mais bien les moyens. Malheureusement, pour le moment, il est évident que ceux qui doivent prendre certaines décisions n’ont pas cette volonté…”.

La princesse Camilla intervient à nouveau: “La volonté, il n’y a aucune volonté de la politique, de la part de ceux qui devraient s’en occuper…”. Et Charles acquiesce: “Et oui, cela aussi peut-être”.

Charles complète son discours sur la situation en Italie: “L’Italie est faite d’italiens, de la diversité et de la richesse de leurs traditions, de leurs valeurs, de leur histoire, de leurs succès. On ne peut émettre un jugement sur ce qu’est l’Italie aujourd’hui  sans faire une analyse se basant sur l’histoire. Les italiens ont dû affronter beaucoup de vicissitudes qu’ils ont toujours surmontées grâce à leurs qualités intellectuelles et morales. Les difficultés actuelles sont évidentes pour tout le monde et expliquent en partie le résultat des élections. Je ne peux pas exprimer un avis politique ou partial, du fait de mon appartenance à une famille royale qui est considérée comme la dépositaire des valeurs et des expectatives de tout un chacun. Je ne peux donc que réitérer ma confiance totale en les qualités et en la force de notre peuple, dans ses capacités de transformer les difficultés en opportunités et en nouveaux succès. A notre échelle et selon nos possibilités, nous aidons les besogneux, nous investissons dans la santé et dans l’éducation, dans la conviction qu’il est possible de travailler ensemble pour préparer et construire un futur meilleur bien mérité”.

Alors, que pensez-vous du Sud qui a voté massivement pour le parti Cinquestelle : pourquoi cet engouement pour ce parti?

Ils répondent en chœur “Il est probable que ce vote soit un signe d’irritabilité et de volonté de changement de la part de la population du Sud ”.

Vous n’avez jamais pensé vous porter candidats? “Nous ne pouvons pas être nostalgiques” précise le prince Charles. Puis, il explique: “En tant qu’expression d’intérêts collectifs liés à l’histoire de nos peuples, et dans le respect de toutes les cultures qui s’expriment dans le Sud de l’Italie, les membres de la maison royale ne peuvent pas imaginer se porter candidats pour un parti en particulier. Nous devons être à la disposition de tout le monde. Notre travail quotidien se traduit principalement en œuvres de charité et à écouter les exigences des personnes. Voilà toute la “politique” que nous savons et voulons faire”.

Donc, aucune implication politique? “Il y a déjà 25 ans, l’avènement du parti de la Lega Nord a provoqué des mouvements néo-bourboniens dans le Sud de l’Italie. Aujourd’hui ils ont un certain charme. Pour se redonner une identité. Mais moi, je ne me vois vraiment pas comme un personnage politique”.

Même si pour le moment, les gens du Sud voudraient que quelqu’un leur dise quelque chose de différent, quelqu’un qui coupe court aux rumeurs qui laissent entendre que les problèmes du Sud sont uniquement la faute du Sud, au lieu de dire qu’ils ont été subis…  Charles semblent résister à la provocation: “Il ne me revient pas d’entrer dans ce discours politique. Je pense que pour le moment, je devrais avoir la liberté d’agir dans d’autres domaines, plus culturels”.

Camilla de son côté ne résiste pas et intervient: “Je pense qu’on naît politicien…”.

La princesse voudrait peut-être se lancer dans la politique: “Cela ne me déplairait pas, même si cela serait assez compliqué. Toutefois, cela me plairait de faire de la politique, car je suis convaincue qu’une personne peut provoquer des changements, tout au moins faire la différence, parce qu’un rôle politique donne la possibilité de le faire. Mais il faut beaucoup de courage et s’appliquer avec grande ténacité, il faut être fort de corps et d’esprit. Ce n’est pas facile. Pour mon mari…”

“Il faut avoir beaucoup de présence…” dit Charles. Camilla explique: “Il ne faut s’arrêter devant rien, et cela, quand quelqu’un a reçu une certaine éducation, faite de traditions et de respect pour l’histoire, voilà que tout devient beaucoup plus compliqué”.

 Charles et Camilla de Bourbon et leurs filles Maria Carolina et Maria Chiara à la Reggia de Caserte]

Nous parlons d’histoire révisionniste. Nous pensons également au livre de Pino Aprile qui a eu beaucoup de succès. Là où l’on parle des crimes de l’armée unificatrice dans le Sud. Charles prend la parole: “Il y a plus de 20 ans, nous avons recommencé un discours pour connaître la vérité historique. Elle a bien avancé. Mais, il y a encore beaucoup à faire. Quand on pense que dans le dictionnaire italien, si on cherche le mot  ‘bourbonien’, il est expliqué en utilisant le terme ‘archaïque’, bref, dans un sens entièrement négatif. Nous ne voulons pas être nostalgiques, mais, petit à petit, les gens ont compris que jusqu’à une certaine époque, ils vivaient d’une certaine manière et, qu’après l’unification italienne, les choses ont bien changé”.

Jusqu’au dix-neuvième siècle, Naples était une capitale européenne importante, une grande ville industrielle, avec des chantiers navals parmi les plus importants dans le monde. “Il y a une liste de primautés” dit Camilla. “Il suffit de penser aux premiers chemins de fer”. “La vérité historique” ajoute Charles, “sert à restituer aux gens leur identité qu’ils pensent avoir perdue. Et ceci encouragerait les personnes à s’améliorer. Mais s’il n’y a aucune volonté politique, tout reste une illusion. Je comprends que ce soit difficile, plusieurs années se sont écoulées, mais plus le temps passe, plus ces erreurs seront difficiles à réparer”.

Que faire? De nouveaux programmes scolaires où enseigner l’histoire de l’Italie du Sud également dans le  Nord? “Ce serait la moindre des choses, répond Camilla, “mais il faut également plus de livres, organiser beaucoup de conférences et, certainement, de nouveaux cours d’histoire dans les écoles”.

Nous continuons à parler d’histoire: jusqu’en 1860, il n’y a pas eu d’émigration à partir du sud de l’Italie, de la Sicile, du moins, certainement pas une émigration de masse. Ensuite, des millions de personnes sont parties et c’est le début d’une diaspora qui s’est poursuivie pendant des années. Ceci ce serait-il produit aussi avec le Royaume des Deux-Siciles ? “Non, car les gens étaient plus heureux dans le Sud“ ne peut s’empêcher de dire Camilla en riant et nous ne comprenons pas s’il s’agit d’une boutade ou bien si elle le pense réellement. Les gens n’étaient certainement pas  tous heureux, il y avait de la misère dans le Sud,  même avec les Bourbons. Et pourtant, les Siciliens, les Calabrais, les Apuliens, les Campaniens, les Molisans, les Abruzzais, etc. ne partaient pas, n’abandonnaient pas tout pour une terre lointaine. Et puis, voilà aussi la mafia. La mafia était également présente avant, pour l’amour de Dieu, mais sans ce pouvoir qui arriva après l’unification italienne. “Je ne devrais peut-être pas le dire”. Dit Charles à ce stade de la conversation, mais Camilla insiste: “Dis-le, dis-le!”.

Charles continue: “Durant le royaume des Deux-Siciles, il y avait une situation administrative plus régulière, plus juste, plus équilibrée”.

Que signifie donc pour vous la question méridionale? Charles approfondit son idée de cette manière: “Notre Maison Royale est enracinée dans le Sud. Elle exprime la grande culture, la politique administrative des Bourbons qui, pendant de longues périodes de l’histoire, ont été synonymes d’administration efficace, de bon gouvernement, de mécénat, d’innovation et d’œuvres de bienfaisance. La question méridionale existe dans un contexte qui n’est pas celui bourbonien, mais qui est lié à l’unification italienne et à des circonstances qui seraient beaucoup trop longues à retracer maintenant. Désormais, il est indéniable de reconnaître qu’un écart s’est créé dans la répartition du bien-être et de la richesse en Italie, qui pénalise le Sud. Il est également évident que sans la relance du Sud, c’est toute l’Italie qui est pénalisée et qui risque de ne pas attraper le bon wagon. Il est fondamental de combler les retards. Les populations du Sud possèdent toutes les ressources morales et intellectuelles pour renaître. Il s’agit de créer les conditions, afin que les qualités du Mezzogiorno puissent reproduire leurs fruits comme dans un passé pas si lointain. Il faut restituer au Sud la liberté d’exprimer ses excellences. Au fond, voilà ce que signifie la question méridionale. De la part de l’Etat central, nous attendons une moindre ingérence de la bureaucratie, mais surtout une bureaucratie plus efficace qui travaille dans un intérêt collectif. Un plan d’investissements est même nécessaire, une stratégie pour le Mezzogiorno, spécialement dans les infrastructures qui, à l’époque, étaient notre fleuron”.

 

Camilla ajoute: “L’émigration est un très mauvais signe. Ensuite, une grande fuite de cerveaux et de personnes qui auraient enrichit le pays ont quitté le Sud de l’Italie. C’est dommage, vraiment indigne. Un italien devrait travailler en Italie, contribuer à enrichir son pays et être en mesure d’y habiter. Il est impensable que ceci fût un choix agréable, car il n’y existe pas plus beau pays que l’Italie. Je pense que personne ne puisse quitter Naples ou Palerme sans verser quelques larmes. Mais l’avenir pour les enfants était ailleurs et ils furent obligés de partir. Un fait terrible”.

Quel est le moment que les Bourbons des Deux-Siciles estiment le plus déshonorant pour l’histoire de l’Italie, l’erreur la plus grave? L’unification italienne aurait probablement eu lieu, mais en 1860, qu’est-ce qui a marqué le pays au point de lui faire commettre ensuite d’autres erreurs très graves, nous pensons par exemple, au fascisme… Charles répond : “L’unification pouvait avoir lieu plus tard et pouvait même être entamée ailleurs”. “Ma famille ne serait jamais insurgée contre l’Eglise et son Etat, comme cela a eu lieu avec les Savoie. Selon moi, ce qui est grave, c’est que cette unification italienne a eu lieu sans qu’il n’y ait une véritable déclaration de guerre. Il y a eu une invasion et celle-ci a créé au Sud tous les problèmes qu’il traîne encore aujourd’hui. Voilà ce qui a été selon moi un terrible…”

Charles de Bourbon des Deux-Siciles et Grand Maître de l’Ordre Sacré et Militaire Constantinien de Saint-Georges  présente au Cardinal de New York Timothy Dolan le Bailli Chevalier De Grand-Croix de Justice de l’Ordre Constantinien. A gauche, John Viola, le représentant de l’Ordre aux U.S.A et l’ancien Président de la NIAF]

Péché originel? “Raser au sol l’entièreté d’un territoire et son peuple ... un terrible coup et une grande faute…”

C’est à ce moment, qu’intervient de nouveau Camilla: “La tradition, la vie, les valeurs d’un peuple”.

Charles continue: “Selon moi, c’est très grave, pire qu’une guerre. Vous vous retrouvez sans identité, vous devez être gêné d’être du Sud, on vous appelle “terrone” et, à la fin, vous vous échappez de votre pays. Une chose terrible”.

Désormais, c’est arrivé. Que faut-il faire pour cicatriser ces blessures encore sanglantes ? En m’adressant au deux, je demande: mais si vous aviez la possibilité de suggérer quelque chose au Président  de la République Sergio Mattarella, que faudrait-il faire?

“Moi, je n’ai pas de baguette magique” rétorque Charles. “Mais simplement en regardant où se trouve l’Italie, au beau milieu de la Méditerranée, pourquoi en fait-on rien pour les côtes? On ne construit pas de ports, il n’y a pas d’infrastructures adaptées qui, par contre, sont importantes et donnent du travail. Et ensuite, on n’exploite pas la culture, avec tous les monuments qui se trouvent dans le Sud. Il suffit de penser à la Reggia de Caserte. En France, à Versailles, plusieurs millions de visiteurs arrivent chaque année. Caserte  n’est pas promue…”

Camilla suggère: “Il faudrait louer la Reggia pour de grands événements, avec la Croix Rouge, la Niaf… L’Italie ne sait pas exploiter ses biens”.

Mais alors, pourquoi ne pas commencer à faire de la politique pour promouvoir ses idées? Vous l’excluez complètement? Désormais, le Cinquestelle ont fait main basse sur le Sud, mais s’ils devaient eux aussi échouer ? Bref, le Prince Charles pourrait se sentir comme le dernier bastion possible dans la tentative de venir à la rescousse du Sud? Le Prince Charles de Bourbon me regarde, sourit, ensuite, lance un regard à sa femme, mais à la fin, ne répond pas. Camilla intervient et repose la question: “Bien oui, tu ne te sentirais pas obligé, vis-à-vis de toutes les personnes qui comptent sur toi?”

Charles sourit encore et dit sur un ton désormais presque plaisant: “Maintenant, je me sens fort. Mais ce qui me déplaît est que dans ce monde politique, il y a vraiment trop de méchanceté. Une personne est détruite dès qu’elle lève le petit doigt. Dès qu’elle essaye de faire quelque chose, elle est déjà critiquée, je ne sais pas si c’est par jalousie ou autre. Pour quelqu’un comme moi et pour la famille que je représente, je n’ose pas rentrer dans cette arène pour me faire massacrer”.

 

[Photo 6: Charles et Camilla de Bourbon à New York (Photo VNY)]

Alors, la Princesse est prête? Camilla répond: “Moi, je proviens du monde du business. En Italie aussi, dans le monde des affaires, une personne doit se confronter avec la politique et avec certaines ambitions, jalousies et méchancetés. Peut-être que ce serait plus facile pour moi. Voilà, je vous le dit et en exclusivité, si je comprenais effectivement que je pourrais contribuer au changement en Italie, je me lancerais immédiatement. Je suis vraiment désolée de voir encore certains problèmes dans le Sud et de voir le nom des Bourbons traité de la sorte … Je me lancerais dans la politique en espérant changer quelque chose de toutes mes forces”.

Et vous, Prince? Vous seriez d’accord avec la Princesse ou vous mettriez un frein?

Charles sourit et me dit : “Nous verrons”.

Mais sur la crise de l’Italie, en général, que pensez-vous? Depuis une vingtaine d’années, elle n’évolue pas ou, du moins, évolue moins que les autres pays en Europe. On dirait que cette crise est arrivée avec l’accélération de l’U.E. Qu’en pensez-vous? C’est la faute de l’euro? Que se passe-t-il? Nous donnons trop pour l’Europe ou trop peu pour l’Italie?

Charles répond: “Dans un groupe de pays, il y a toujours celui qui est ou qui se sent plus puissant que l’autre. Dans ce cas, l’Allemagne et la France. L’Italie n’a pas le même poids et se confronte avec des lois européennes qui, souvent, font les intérêts de celui qui a le plus de pouvoir. L’Europe est nécessaire, car nous devons nous confronter avec les Etats-Unis et l’Asie. Il faudrait encourager davantage la contribution de tous les pays européens qui possèdent une culture et une histoire extraordinaires”.

Bref, les Etats-Unis d’Europe, avec le même poids pour tous?

“Cela devrait être ainsi” rétorque Camilla.

Enfin, revenons sur l’interprétation des élections: certains médias anglo-saxons titrent que le fascisme pourrait refaire surface en Italie. Qu’en pensez-vous? “Ce serait épouvantable”, répond Charles. “Cela n’est pas acceptable. C’est une page qui doit rester fermée et ne jamais plus s’ouvrir”.

Mais alors, il s’agit là d’exagérations venant de journalistes ou le danger existe-t-il réellement? Camilla répond: “Je pense que, même s’il y a de l’exagération, le risque est là et est toujours présent”.

Mais que veulent les Bourbons des Deux-Siciles, que l’histoire d’Italie reconnaisse leur passé? Charles et  Camilla répondent en complétant le discours ensemble: “Les événements de la Maison Royale, les qualités, les vicissitudes, les succès et aussi les échecs, la contribution à la modernité et à l’innovation, avec des primautés qui constituent un exemple de gouvernement clairvoyant (je me réfère, entre autre, à Naples-Portici, le premier chemin de fer construit sur un territoire italien dans le Royaume des Deux-Siciles et inauguré en 1839), tout ceci fait partie d’une histoire qui n’a pas besoin d’être revendiquée, car tout le monde la connaît et la reconnaît. Aujourd’hui, cependant, il est important que ces valeurs soient  conservées et préservées et surtout maintenues dans le futur. Qu’elles soient redécouvertes et remises d’actualité. Nous avons le devoir de perpétrer cette tradition dont nous sommes les gardiens et les héritiers”.

Vous avez un message final à lancer aux italiens d’Amérique?  La Princesse Camilla prend la parole: “L’Italie est le plus beau pays du monde. Donc, nous devons être fiers d’être italiens. Nous sommes tous italiens avec nos grandes vertus intellectuelles et morales, nous conquérons le monde. Il faut continuer ainsi avec fierté”.

Le mot fierté vaut aussi pour les gens du Sud? “Certainement, très fiers d’être du Sud. Même mieux, les gens du Sud doivent l’être davantage que les autres”. Répond Camilla. Et, ensuite, Charles conclut: “Mais surtout, à tous ceux qui ont eu auparavant la malchance de partir, mais puis l’opportunité de se réaliser en Amérique et de créer des choses importantes, qu’ils n’oublient pas l’Italie et, surtout, le Sud, qu’ils contribuent à l’aider à se relever un peu plus facilement”.

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