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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 17:19

Attentats : une réponse quasiment sans faille des hôpitaux et des personnels de secours

Paris, le lundi 16 novembre 2015 – Le matin même, ils s’étaient réunis autour de la table. Les responsables des services d’urgence d’Ile de France, des pompiers et des Samu participaient vendredi 13 novembre à une simulation sur papier. Le scénario : plusieurs fusillades se déclenchent quasiment simultanément à Paris. Depuis des années, et plus encore depuis les attentats du 7 janvier, les hôpitaux franciliens se préparent régulièrement à l’éventualité d’attentats terroristes. Ces exercices cependant ont été rattrapés par la réalité. « On avait construit le scénario en imaginant dix victimes en urgence absolue et ça a tenu quand même. Malgré tous les exercices de simulation, je ne pensais pas que ça se produirait un jour en vrai » raconte dans le Journal du Dimanche, le docteur Mathieu Raux de la Pitié-Salpêtrière. Même incrédulité dans les déclarations de Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) qui observe dans les Echos: « On a quand même du mal à passer de la théorie à la réalité ». En dépit de ce sentiment qui étreint les praticiens, la précision avec laquelle ces plans ont été préparés, en collaboration par exemple avec des urgentistes et chirurgiens espagnols et londoniens ayant été confrontés à des attentats de masse dans leur pays a sans doute en partie facilité l’organisation des soins vendredi soir. La préparation active des hôpitaux a notamment permis une répartition pertinente des blessés : en dépit de l’ampleur du drame, aucun des dix hôpitaux qui étaient en première ligne n’a en effet été submergé au-delà de ses capacités.

Le plan blanc presque inutile

Parallèlement à cette préparation, le plan blanc aurait également pu être une arme centrale. Il a cependant été quasiment inutile. Quand il est déclenché à 22h30 par l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), des dizaines de professionnels de santé sont déjà en route vers les hôpitaux les plus proches de chez eux pour apporter leur soutien. « En fait on n’en a jamais besoin. Les gens viennent d’eux-mêmes quand ils entendent les nouvelles » observe Christophe Prudhomme. Cette solidarité a dépassé cependant les espérances d’un grand nombre de praticiens. « On a multiplié presque par dix le personnel. On était près de cent soignants entre les urgences et les salles de réveil, cela n’arrive jamais » indique dans le Monde, Nathalie Nion, cadre paramédicale à la Pitié Salpêtrière. Le professeur Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) a ainsi constaté qu’au cœur de la nuit sanglante, la moitié des personnels présents n’appartenait pas aux équipes habituelles, des volontaires qui se sont souvent éclipsés au petit matin avant même d’avoir pu être remerciés, comme l’a rapporté le praticien au Quotidien du médecin. Ces professionnels souvent ignorants des lieux se sont fondus au sein des équipes, en silence. « Les équipes étaient très pros, très calmes, ça ne courait pas partout, ce n’était pas désordonné », observe le patron des urgences de Lariboisière, Patrick Plaisance.

C'est 14-18 !

Si la logistique a parfaitement fonctionné, si la solidarité a offert un soutien important, les médecins, les chirurgiens, les infirmiers, les spécialistes des secours n’avaient pas pu être totalement préparés aux blessures dévastatrices que présentaient les blessés. De nombreux témoignages des urgentistes et des chirurgiens qui ont pris en charge les patients évoquent le même étonnement. S’ils connaissent les blessures par balle, les plaies et les déchirures observées vendredi étaient le plus souvent inédites pour eux. «Des blessés par balle, on en voit au Samu, mais pas ça. Ce qu’on a vu, c’est 14-18 » lâche Christophe Prudhomme qui ajoute : « Les victimes sont tachetées de bouts de métal, comme après des tirs de shrapnel ». Les fractures de jambe, de fémur, de cheville et d’humérus ont été nombreuses, auxquelles s’ajoutent des « lésions neurologiques majeures » indique le docteur Rémy Nizard, chirurgien orthopédique à Lariboisière. Si le docteur Raux observe que cette chirurgie de guerre a cependant pu être réalisée avec une technologie de pointe, Rémy Nizard constate que la spécificité des blessures n’a pas toujours permis le même niveau de perfection qu’en temps ordinaire. Le praticien sait que la longue rééducation qui commence pour les patients nécessitera évidemment une prise en charge psychologique.

Cette dernière pourrait également concerner nombre de praticiens et urgentistes qui ont officié vendredi soir. Beaucoup se montrent en effet choqués, en raison de l’ampleur des blessures et du jeune âge d’un grand nombre de victimes. « Des médecins du Samu sont revenus dans un état pas possible, frappés, c’était dur. Et pourtant, certains partent en mission dans des pays en guerre », remarque un cadre cité dans le Figaro.

Quelques bémols

Si l’ensemble des témoignages souligne donc la qualité de l’organisation des secours et des soins, quelques polémiques commencent à affleurer. Dans le Quotidien du médecin, un médecin vivant dans le quartier des évènements, ayant apporté son soutien dans les premières minutes après la première fusillade estime que certains blessés graves auraient pu être sauvés si les secours avaient disposé d’un matériel plus adapté. Par ailleurs, le Figaro rapporte aujourd’hui le témoignage de certains praticiens de l’AP-HP évoquant une situation tendue en ce qui concerne le matériel nécessaire, ce que dément ce matin l’Assistance Publique.

Enfin, face à la détresse observée sur les réseaux sociaux de proches qui recherchaient jusqu’à encore hier matin un frère, une fille, une sœur, ignorant leur sort, des questions se posent sur la gestion et la centralisation de ces informations. Une cellule accueillant les proches des personnes disparues et/ou victimes a pourtant été mise en place à l’Ecole militaire dans le VIIème arrondissement, tandis que l’AP-HP avait mis en place un numéro spécifique, mais ces informations ont malheureusement été largement moins diffusées que d’autres.

Hier soir, l’AP-HP indiquait que sur les 80 personnes admises en situation d’urgence absolue dans ses hôpitaux, 35 ne relevaient plus d’une surveillance intensive, 42 demeuraient en réanimation et trois sont mortes. Sur les 415 personnes prises en charge au total, 218 étaient sorties.

Aurélie Haroche

 

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