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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 09:46

Attaques chimiques ou biologiques : préparation minutieuse face à un risque jugé faible

Paris, le vendredi 20 novembre 2015 – « Il ne faut, aujourd’hui, rien exclure. Je le dis, bien sûr, avec toutes les précautions qui s’imposent, mais nous savons et nous l’avons à l’esprit, il peut y avoir le risque d’armes chimiques ou bactériologiques », a hier lancé le Premier Ministre à l’Assemblée nationale. Plus tard, au journal de 20 heures, il tentait d’amoindrir la portée nécessairement anxiogène de ses déclarations, en soulignant que ce « risque est extrêmement limité ».

Du chlore à la variole

Constituant une menace envisagée par l’ensemble des acteurs concernés depuis plusieurs années (et plus encore depuis les attaques au charbon subies par les Etats-Unis au lendemain du 11 septembre), les attaques chimiques ou biologiques potentielles sont très diverses. Le ministère de la Santé liste les différents agents qui pourraient être utilisés.

Les armes biologiques qui suscitent le plus de vigilance sont le virus de la variole, les bactéries responsables de la peste (Yersinia pestis), de la maladie du charbon (Bacillus anthracis) et de la tularémie (Francisella tularensis) ainsi que différentes toxiques comme la toxine diphtérique ou la toxine botulique.

Considérée plus "sérieuse" que le risque biologique, la menace chimique supposerait l’utilisation d’agents neurotoxiques de guerre, dérivés d’insecticides organo-phosphorés, famille à laquelle appartiennent les gaz Sarin, le Tabun, le Soman ou le Vx. Les agents vésicants, tel le gaz moutarde comptent également parmi les agents redoutés, ainsi que les agents suffocants comme le chlore.

Une préparation très détaillée

Face à ces risques divers, une préparation minutieuse a été programmée depuis plusieurs années à travers différents plans et guides. On rappellera ainsi l’existence du plan gouvernemental Pirate NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique), volet du plan Vigipirate spécialement consacré à ces menaces. De très nombreux documents, circulaires et guides complètent ce plan : le dispositif ORSAN (volet ORSAN-BIO), « organise la mobilisation du système de santé pour assurer la prise en charge des victimes » rappelle le ministère de la santé, tandis que l’Institut national de veille sanitaire (InVS) a élaboré un guide d’investigation épidémiologique dédié à ces menaces et que l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) propose des fiches biotox revenant sur la prise en charge thérapeutique.

Renforcement de la sécurité des réseaux d’eau

Ces programmes sont connus des services de santé invités à proposer régulièrement des "rappels" et des exercices de simulation. Un test grandeur nature avait d’ailleurs été réalisé à Lyon en 2013 qui supposait la prise en charge de victimes d’une attaque au gaz sarin dans le métro de la ville. Les stocks d’antidotes sont par ailleurs régulièrement contrôlés et nous avons évoqué ce mercredi dans ces colonnes comment des mesures spécifiques avaient été prises pour assurer l’approvisionnement des secours civils en atropine. Enfin, parallèlement à ces préparatifs, la surveillance est elle aussi renforcée, notamment autour des réseaux d’eau urbain. A Paris, outre une forte présence policière et une restriction des accès au réseau d'eau, la teneur en chlore de l'eau a été augmentée ce qui permettrait de mieux dépister les contaminations.

Des attentats très difficiles à mettre en œuvre

Ces préparatifs et ces précautions sont essentiels, mais l’ampleur de la menace est diversement appréciée. Si de nombreux observateurs semblent accréditer la thèse de la découverte par l’Etat islamiste de stocks de produits chimiques voire leur utilisation ponctuelle (notamment contre des combattants kurdes cet été), les certitudes manquent. Surtout, l’acheminement en Europe des agents chimiques pourrait être très complexe. «Ce n’est pas parce que Daesh a mis la main sur quelques stocks résiduels, probablement irakiens et syriens que l’organisation a la capacité d’organiser un attentat de ce type en France. Il y a un certain nombre de barrières techniques et logistiques. C’est beaucoup plus compliqué qu’un attentat conventionnel » remarque pour France Télévisions, Olivier Lepick, spécialiste des armes chimiques. « Etre en possession de ce gaz ne signifie pas forcément qu’on en maîtrise la dispersion » renchérit de son côté André Picot chimiste au CNRS cité par la Croix.

Les Français peuvent-ils tout entendre ?

Dès lors, compte tenu de la faiblesse apparente du risque, certains s’interrogent sur la pertinence d’en avertir les Français, au risque de renforcer un peu plus le climat très anxiogène qui s’est abattu sur notre pays depuis vendredi soir dernier. Certains s’en sont offusqués. L’éditorialiste Alba Ventura sur RTL affirme en tout état de cause que ces déclarations du Premier Ministre étaient parfaitement concertées au plus haut niveau de l’Etat, qui a choisi de ne pas cacher la vérité aux Français. La dissimulation pour certains spécialistes semblait de fait difficile, voire contre productive. « Contrer une menace chimique suppose de repenser l’intervention des services de secours, de réorganiser les urgences : tout cela finit forcément par s’ébruiter dans la population » remarque ainsi Alain Chouet, un ancien de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) dans La Croix.

 

Le plan gouvernemental NRBC
Les fiches biotox de l’ANSM

Aurélie Haroche

 

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Published by ROYAL MONACO - dans MEDECINE
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