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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 09:07

Aux origines du mal

Paris, le samedi 21 novembre 2015 – L’hébétude dans laquelle un grand nombre d’entre nous sommes plongés depuis la soirée du 13 novembre n’a cependant nullement étouffé notre soif de comprendre. Si l’incrédulité et le sentiment d’irréalité dominent face à de tels événements, très vite la vigie de la raison s’impose pour tenter de dénouer les fils de tels actes. Outre les enjeux géopolitiques et sociaux, la science et la médecine peuvent être des outils pour tenter de décrypter l’indicible. Ainsi, très vite, sur les blogs, médecins et journalistes scientifiques ont voulu nourrir la réflexion, sans cependant pouvoir offrir de réponses définitives et parfaitement satisfaisantes face à l’irruption de cette violence hors normes.

Désillusions mortelles

Ainsi, le journaliste canadien Jean-François Cliche remarque sur son blog Sciences dessus dessous que  « plusieurs médias ressortent des entrevues publiées avant les attaques au sujet de ce qui se passe dans la tête des tueurs, de ce qui pousse à commettre de pareilles atrocités ». Une démarche qui cependant se révèle quelque peu « frustrante » selon l’expression du blogueur « parce qu’il y a somme toute bien peu de travaux à se mettre sous la dent ». Ce champ a en effet été pour l’heure peu exploré par les chercheurs en psychiatrie et psychologie. Cependant, certaines études conduites auprès de sujets ayant été enrôlés dans des organisations terroristes et qui ont finalement choisi de les abandonner ne sont pas sans intérêt. John Horgan, psychologue irlandais, présenté comme un « spécialiste du terrorisme » par Jean-François Cliche s’est ainsi intéressé à ceux « qui décident de quitter leur organisation et de se repentir (…). "Le sentiment d’être pris au piège se développe rapidement et les recrues doivent apprendre à vivre avec leur désillusion d’une manière ou d’une autre, dit M. Horgan. Vous l’acceptez et vous passez par-dessus, peut-être en embrassant l’idéologie ou en cherchant un réconfort dans la camaraderie de ces groupes. Ou alors vous le cachez aux autres jusqu’à ce que vous trouviez une porte de sortie. Certains terroristes disent avoir perdu leurs illusions longtemps avant de quitter leur organisation. Ils rapportent l’impression de suffoquer " étant incapable de s’enfuir, de crainte de représailles (par leur groupe ou par l’État) et ayant peur que leur désillusions ne soit détectée par les autres"» rapporte Jean-Claude Cliche.

Autodestruction

Cependant, ce dernier remarque que les terroristes ne sont pas toujours des individus enrôlés et peuvent parfois agir seul ou en tout petit groupe. Par ailleurs, qu’ils soient les "soldats" d’une organisation ou des "loups solitaires", demeure le mystère de cette force qui  pousse jusqu’au suicide. Jean-Claude Cliche se dit à cet égard assez intéressé par la thèse du criminologue de l’Université d’Alabama, Adam Lankford qui souligne que «l’autodestruction est peut-être justement la motivation première du terrorisme ». Dans ce cadre, il existerait des similitudes entre les profils de ceux que l’on appelle les " kamikazes " et les autres tueurs de masse. « Dans son étude, parue dans Homicides Studies en 2012, M. Lankford a comparé 81 cas de terroristes et de tueurs de masse (…) ayant sévi aux États-Unis entre 1990 et 2010, et leur a trouvé d’étonnantes ressemblances. À peu près autant de terroristes que de tueurs de masse ont vécu des problèmes familiaux (41 et 39 % respectivement) dans les années précédant leur passage à l’acte, des ennuis au travail ou à l’école (75 % et 83 %) et sont isolés socialement (50 et 48 %). De même, chez une majorité (60 et 70 %), il est possible d’identifier un «événement déclencheur» comme une rupture amoureuse ou un congédiement. Bref, on aurait en grande partie affaire à des gens dont la vie a fichu le camp, qui auraient toujours été solitaires ou le seraient devenus par la suite (ce qui signifie qu’ils n’ont que peu ou pas de proches pour les empêcher de ruminer leur rancœur tout seul dans leur coin ), qui auraient décidé (sans doute plus ou moins inconsciemment) d’en finir mais qui voudraient donner un sens à leur geste. Tant pour les terroristes que pour les tueurs de masse, dont beaucoup (mais pas tous, quand même) inscrivent leurs gestes dans un combat plus grand », conclue le journaliste. Un rapprochement qui peut être ne convaincra pas unanimement mais qui témoigne cependant d’une tentative de mieux cerner ces comportements qui nous semblent totalement insaisissables.

Le rôle des drogues

De son côté, le médecin français Luc Perrino sur son blog Pour raisons de santés’intéresse au rôle joué par les drogues dans le passage à l’acte des terroristes. Certains témoignages de victimes d’attentats terroristes ont en effet contribué à suspecter l’utilisation de substances psychoactives chez les auteurs de ce type de massacres. Concernant les hommes de Daesh, l’utilisation du Captagon (fénéthylline) dont la production aurait fortement augmenté en Syrie, a notamment été évoquée. « C’est un stimulant qui génère une absence de douleur, d’empathie », relève Dan Velea, psychiatre addictologue, cité par 20 minutes. Si l’influence de la drogue sur le passage à l’acte doit être nuancée (« Il est difficile de départager ce qui est dû à la substance et ce qui est dû à la personnalité », fait remarquer dans le journal canadien La Presse un expert québécois, Jean-Sébastien Fallu), le docteur Luc Perrino estime qu’il s’agit d’un élément à ne pas négliger. « La barbarie est bien souvent chimique et j’ignore si l’on dose systématiquement les substances psychoactives chez les terroristes capturés ou abattus. Si cela est fait, il est étonnant qu’il y ait aussi peu d’information sur ce thème qui me paraît tenir un rang élevé dans la liste des causes du passage à l’acte terroriste», conclue-t-il son article. Ce dernier débutait, comme souvent chez ce blogueur, par une remarque éthologique : « L’éthologie a démontré les nombreux mécanismes d’inhibition mis en place par l’évolution pour éviter de tuer un congénère de la même espèce. Même si les rivalités sont fortes et les combats fréquents, il est exceptionnel qu’ils conduisent à la mort d’un belligérant. Homo sapiens ne fait pas exception, et même s’il a produit de nombreuses machines permettant des exterminations médiates et à distance, il a globalement conservé les mécanismes d’inhibition de la tuerie immédiate. Larguer une bombe est plus facile que de planter une baïonnette dans un ventre. Le nationalisme, l’endoctrinement et la manipulation mentale ont été largement utilisés par les chefs de guerre, les maffias et les sectes avec succès, mais ils ne peuvent suffire à expliquer le niveau de certaines barbaries. L’utilisation de drogues est un moyen stratégique efficace qui semble être largement sous-estimé par les enquêteurs, sociologues et commentateurs », analysait-il. Fort de cette observation, il évoquait certains précédents célèbres : la consommation d’alcool dans les tranchées de 14/18, le recours au trihexyphénidyle par les combattants du GIA ou encore l’utilisation de cocaïne et d’amphétamines sur de nombreux fronts. Les terroristes actuels ne feraient pas exception, et Luc Perrino rappelle qu’ils « appartiennent à des organisations criminelles qui vivent de différents trafics : drogue, femmes, œuvres d’art et autres ».

Qu’il s’agisse de tenter une autopsie psychologique des terroristes ou de préjuger leur concentration de drogues dans le sang, face à la barbarie, la raison tente comme toujours de percer et si les démonstrations n’apparaîtront peut-être pas parfaitement concluantes, elles ont le mérite de confirmer la persistance de cette vertu.

Vous pouvez retrouver ces tentatives sur le blog de Jean-Claude Cliche :
http://blogues.lapresse.ca/sciences/2015/11/16/la-science-du-mal/
et de Luc Perrino
http://expertiseclinique.blog.lemonde.fr/2015/11/14/drogues-du-terrorisme/

Aurélie Haroche

 

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Published by ROYAL MONACO - dans MEDECINE
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pour combattre l'ignorance massive 07/12/2015 09:35

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