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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 05:53

Van Gogh : une nouvelle couleur au tableau clinique

Bruxelles, le samedi 10 octobre 2015 - Plus de cent cinquante psychiatres, ainsi qu’un de leurs patients, Antonin Artaud, ont tenté d'identifier la pathologie qui a affecté Vincent Van Gogh. La semaine passée, un quotidien Néerlandophone, a émis une nouvelle hypothèse, celle d’une intoxication au gaz d’éclairage…

Un chef d’œuvre psychiatrique

Vincent van Gogh (1853-1890), dysphorique depuis son enfance a présenté des épisodes d'allure psychotique récurrents dans les deux dernières années de son existence et s'est suicidé à l'âge de 37 ans.

Après deux ans d’évolution lente de son trouble de l’humeur sur fond de consommation excessive d’absinthe, c'est à Arles, en 1888, que sa pathologie va revêtir une dimension délirante : « j'ai des moments où je suis tordu par l'enthousiasme ou la folie ou la prophétie comme un oracle grec sur son trépied (...) j'ai alors une grande présence d'esprit en paroles » décrivait-il dans l’une de ses nombreuses lettres à son frère Théo.

C’est à la fin de cette même année qu’il présente un épisode délirant des plus célèbres : il s'approche de Gauguin avec un rasoir, est repoussé par celui-ci, se tranche un morceau de l'oreille gauche avant d’en faire cadeau à une prostituée. On le retrouve "inconscient" à son domicile et il est hospitalisé d’office d’abord à Arles puis à Saint-Rémy de Provence.

Moins de trois mois après sa sortie de l'asile, il se tire une balle en plein cœur dans un champ non loin d'Auvers sur Oise et meurt deux jours plus tard, le 29 juillet 1890.

De l'épilepsie à l'intoxication à la digitaline

De nombreux diagnostics ont été évoqués à propos de Van Gogh.

Si on lui a reconnu par la suite des signes évocateurs de psychose maniaco-dépressive, de psychose hallucinatoire chronique ou de schizophrénie, l’idée première des médecins qui se sont penchés post-mortem sur son cas fut celle d’une épilepsie. Elle a été longuement documentée, notamment dans une étude par Henri Gastaud (1), professeur de neurologie à la faculté d’Aix-Marseille, qui décela chez lui une épilepsie temporale due à une lésion précoce temporo-limbique suggérée par des anomalies caractérielles et émotionnelles dès l’enfance et une dissymétrie crânio-faciale. Cette comitialité aurait ensuite été aggravée par une consommation excessive d’absinthe.

D’autres diagnostics plus originaux ont pu être évoqués, comme la maladie de Méniere, le saturnisme, la porphyrie aiguë intermittente, une intoxication à la digitaline...

Une nouvelle hypothèse…

La conjecture avancée par le chimiste René van Slooten est celle d’une intoxication au gaz de houille ou gaz d’éclairage.

Ce scientifique qui a déjà proposé une telle étiologie pour la mort mystérieuse d’Edgar Allan Poe a expliqué au journal néerlandophone Algemeen Dagblad avoir découvert que Van Gogh avait fait installer un éclairage artificiel dans sa maison d’Arles afin de pouvoir travailler tard sur ses œuvres.

Les gaz d’éclairage, en contact avec différents métaux lourds tels que le mercure et le plomb, auraient provoqué des céphalées et des hypothymies, jusqu’à le mener à une dépression et à l’autolyse.

« Il y avait alors de nombreux cas de ce genre, engendrant même la création de "salles" spécialisées, notamment à l'Hôpital de la Salpêtrière à Paris. Il y eut à cette époque comme une épidémie de ce genre d’intoxication » détaille René van Slooten.

« Il est crapuleusement impossible d’être psychiatre sans être en même temps marqué au coin de la plus indiscutable folie » 

Laissons enfin la parole à une ‘défense’ argumentée par un autre "aliéné", Antonin Artaud,  qui dans son essai, Van Gogh, le suicidé de la société, tenta de démontrer que Van Gogh : « n’était pas fou, mais ses peintures étaient des feux grégeois, des bombes atomiques, dont l’angle de vision, à côté de toutes les autres peintures qui sévissaient à cette époque, eût été capable de déranger gravement le conformisme larvaire de la bourgeoisie », l’authentique responsable de la mort de l’artiste était pour lui sans nul doute la société et en particulier : « le docteur Gachet, improvisé psychiatre, et qui fut la cause directe, efficace et suffisante de sa mort » car « il est crapuleusement impossible d’être psychiatre sans être en même temps marqué au coin de la plus indiscutable folie».

Frédéric Haroche

RÉFÉRENCE
1. Gastaud H : La maladie de Vincent van Gogh envisagée à la lumière des conceptions nouvelles sur l'épilepsie psychomotrice. Ann. Méd. Psychol. 1956; 114, 196-238
 

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