Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 06:36
DAVID LEFEVRE
DAVID LEFEVRE

David LEFEVRE a été Premier violon solo de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse avant d’être, depuis 2000, le Premier violon solo de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Parallèlement à ces activités, il se produit régulièrement en soliste sous la direction de Michel PLASSON, Lawrence FOSTER, Marek JANOWSKI, Théodor GUSCHLBAUER, Matthias BAMERT, Simone YOUNG. On peut l’entendre régulièrement dans de grands festivals en France et à l’étranger : Festival de Besançon, Festival du Domaine Forget au Québec, Printemps des Arts de Monte-Carlo, Festival d’Alghero en Sardaigne, Festival de Printemps de Budapest, Festival de Lanaudière au Québec… Depuis 2008, il collabore avec son frère, le pianiste Alain Lefèvre, avec qui il se produit régulièrement en récital et en soliste aussi bien au Canada qu’en Europe. Le duo enregistre pour le célèbre label canadien Analekta. Le premier disque consacré aux sonates pour violon et piano de Franck et de Lekeu est salué universellement par la critique et a reçu le grand prix de l’Album Classique de l’année 2009 au Gala de l’ADISQ (Québec). Un deuxième disque enregistré à Londres avec les London Mozart Players, consacré au Concerto pour violon, piano et orchestre à cordes de Mendelssohn, a été récompensé Meilleur Disque Classique 2010 au Gala des Prix JUNO (Canada). Il joue un magnifique instrument de DALLA COSTA de 1745.

PINCHAS ZUKERMAN  ET DAVID LEFEVRE AU 66e FESTIVAL DE MUSIQUE DE MENTON

PINCHAS ZUKERMAN ET DAVID LEFEVRE AU 66e FESTIVAL DE MUSIQUE DE MENTON

 

INTERVIEW DE LUIGI MATTERA A' DAVID LEFEVRE

 

L.MATTERA. Tu auras, lors du concert du 6 mars 2016 à l'Opéra Garnier en compagnie de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, non seulement un rôle de soliste mais également celui de chef d'orchestre. Seront certainement présents des micros et des caméras pour couvrir l'événement monégasque. Cela peut-il te déconcentrer dans ton interprétation ? Ou peut-être la stimuler ?

D.LEFEVRE. La présence de caméras, de micros ou de tous autres objets servant à l'enregistrement d'un concert n'est en rien, pour moi du moins, un facteur pouvant perturber ma performance sur une scène. À l'ère du multimédia, du streaming, d'une communication de plus en plus performante, l'artiste ne peut faire autrement que de se familiariser avec tout cela! J'oserai même affirmer que c'est une règle du jeux qu'il faut accepter en toute sérénité et simplicité.

En aucun cas, cette situation ne devra perturber l'artiste. Et ne surtout pas affecter son interprétation par l'addition de gestes superflus ou faussement démonstratifs... Bien que le visuel ait certes une certaine importance, l'essentiel restera toujours le son et la sincérité du phrasé musical de l'artiste.

Si la présence de média, aussi divers soient-ils, finit par pousser l'interprète à "singer" une certaine attitude plus «vendeuse», alors on se retrouve dans un cas de figure problématique et, selon moi, dangereux.

L.MATTERA . Les violons de Stradivarius sont-ils réellement les meilleurs ? Quels rôles peut jouer un instrument auprès de celui qui le joue ? C'est quoi exactement un bon violon ?

D.LEFEVRE. La définition de ce qu'est un «un bon violon» est quelque chose de trop subjectif et, en définitive, beaucoup trop large pour que je puisse, en quelques lignes, arriver à fournir une réponse satisfaisante.

Je dirais par contre avec assurance qu'entre le violon et son «maître» doit exister une relation d'amour extrêmement forte. Passionnelle même ...

Du coup, l'instrument en tant que tel, Stradivarius, petit Mirecourt ou instrument moderne, n'est plus une finalité en soi. L'importance devant donc être le lien, presque magique, se créant entre le musicien et son violon.

Souvent il m'arrive de comparer cette «relation» à une relation amoureuse entre deux personnes.... L'essentiel étant finalement la connections métaphysique et chimique et non pas les moyens financiers ou l'unique beauté physique des deux partenaires.

Je trouve dommage que certains grands artistes ne prennent pas en considération cela. Préférant le prestige de jouer un Stradivarius moyen (oui, car il est un fait avéré qu'ils ne sont pas tous bons) plutôt qu'un extraordinaire violon pouvant coûter parfois plus de 50 fois moins cher....

 

L.MATTERA. Dans un orchestre, un musicien est recruté par concours. Une fois cette épreuve réussie et gagnée, comment ce nouvel élément arrive à s'intégrer harmonieusement au sein de cet entité ?

D.LEFEVRE. Un nouveau musicien ayant gagné un concours de recrutement est intégré dans l'orchestre tout simplement par son immersion total en lui. Du jour au lendemain, il se retrouve plongé parmi les musiciens permanents.

Ce n'est pas à mon avis un moment facile. Il doit réussir à se fondre dans l'ensemble sans pour autant perdre son identité propre.

Bien sûr il faudra qu'il joue bien mais devra démontrer également des qualités humaines fortes: de la diplomatie, de la modestie, de la gentillesse.

Car il ne faut pas oublier que réussir le concours n'est pas l'étape ultime. Il devra en effet passer une période de stage d'un an environ. Année décisive où chacun de ses mots seront retenus et chacunes de ses actions scrutées.

Il devra veiller à ne pas susciter de jalousie, ou critiquer le système dans lequel il doit s'intégrer.

L.MATTERA. Quelles ont été les expériences les plus marquantes de ta carrière de musicien et de violoniste ?

D.LEFEVRE. La vie d'un musicien ne peut pas faire autrement qu'être jalonnée d'événements et de rencontres marquantes. C'est là à mon sens que se trouve toute la beauté de mon «métier-passion» (comme j'aime l'appeler) ! Impossible d'énumérer et de faire une liste exhaustive de ces moments... En voici néanmoins quelques uns!

Un concerto de Beethoven avec le pianiste Grigory Sokolov. J'étais alors le Concertmaster de ce concert et je me souviens parfaitement de l'émotion palpable et immense flottant alors dans le public... J'ai même observé plusieurs auditeurs s'essuyer discrètement les yeux... Larmes de bonheur... Magique!

Ou encore un diner à la même table que Mstislav Rostropovitch racontant devant quelques convives plusieurs de ses souvenirs. Je me souviens du respect des uns et des autres devant l'un des plus grands maîtres du 20e siècle.

Je me souviens également de ce jour où j'ai joué en soliste une œuvre d'Henri Dutilleux. Le maître était dans la salle pour assister au concert. J'étais littéralement galvanisé par sa présence !

Un dernier souvenir, très émouvant pour moi, est ces conversations amicales et informelles que je pouvais avoir parfois avec mon ami Etienne Vatelot, l'un des luthiers les plus célèbres et respectés de la seconde moitié du XXe siècle. Il me racontait alors tant de ses souvenirs merveilleux, sachant que sa route avait croisée celle des plus illustres instrumentistes de son époque.

 

L. MATTERA. Le métier de musicien, de violoniste plus particulièrement, est-il physiquement et mentalement difficile ?

Malgré des apparences de beauté et d’harmonie, le métier de musicien est physiquement et mentalement très exigeant. Celui de violoniste tout particulièrement car le corps doit supporter des tensions, des pressions et des torsions dues à cette fameuse position si caractéristique. Et cela, un très grand nombre d'heures par jour. Aussi, le musicien se retrouve à devoir gérer en permanence de grands stress, le trac et les pressions physiologiques....

De tout cela peut d'écouler, bien sur , de nombreuses pathologies...

Pour arriver à contrecarrer ces effets négatifs, il est à mon sens impératif d'avoir une grande hygiène de vie. Sport, sommeil, nourriture saine sont autant d'aspects qu'un musicien doit scrupuleusement surveiller.

Lorsque j'enseigne, j'aborde en permanence ce sujet avec mes élèves leur conseillant presqu'autant de s'occuper de leur corps que de l'étude même du violon. À quoi bon savoir bien jouer de son instrument si leurs physiques ne supportent pas les pressions qu'il impose ?

MERCI MAESTRO​ 

INTERVIEW DE LUIGI MATTERA A' DAVID LEFEVRE

 

L.MATTERA. Tu auras, lors du concert du 6 mars 2016 à l'Opéra Garnier en compagnie de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, non seulement un rôle de soliste mais également celui de chef d'orchestre. Seront certainement présents des micros et des caméras pour couvrir l'événement monégasque. Cela peut-il te déconcentrer dans ton interprétation ? Ou peut-être la stimuler ?

D.LEFEVRE. La présence de caméras, de micros ou de tous autres objets servant à l'enregistrement d'un concert n'est en rien, pour moi du moins, un facteur pouvant perturber ma performance sur une scène. À l'ère du multimédia, du streaming, d'une communication de plus en plus performante, l'artiste ne peut faire autrement que de se familiariser avec tout cela! J'oserai même affirmer que c'est une règle du jeux qu'il faut accepter en toute sérénité et simplicité.

En aucun cas, cette situation ne devra perturber l'artiste. Et ne surtout pas affecter son interprétation par l'addition de gestes superflus ou faussement démonstratifs... Bien que le visuel ait certes une certaine importance, l'essentiel restera toujours le son et la sincérité du phrasé musical de l'artiste.

Si la présence de média, aussi divers soient-ils, finit par pousser l'interprète à "singer" une certaine attitude plus «vendeuse», alors on se retrouve dans un cas de figure problématique et, selon moi, dangereux.

L.MATTERA . Les violons de Stradivarius sont-ils réellement les meilleurs ? Quels rôles peut jouer un instrument auprès de celui qui le joue ? C'est quoi exactement un bon violon ?

D.LEFEVRE. La définition de ce qu'est un «un bon violon» est quelque chose de trop subjectif et, en définitive, beaucoup trop large pour que je puisse, en quelques lignes, arriver à fournir une réponse satisfaisante.

Je dirais par contre avec assurance qu'entre le violon et son «maître» doit exister une relation d'amour extrêmement forte. Passionnelle même ...

Du coup, l'instrument en tant que tel, Stradivarius, petit Mirecourt ou instrument moderne, n'est plus une finalité en soi. L'importance devant donc être le lien, presque magique, se créant entre le musicien et son violon.

Souvent il m'arrive de comparer cette «relation» à une relation amoureuse entre deux personnes.... L'essentiel étant finalement la connections métaphysique et chimique et non pas les moyens financiers ou l'unique beauté physique des deux partenaires.

Je trouve dommage que certains grands artistes ne prennent pas en considération cela. Préférant le prestige de jouer un Stradivarius moyen (oui, car il est un fait avéré qu'ils ne sont pas tous bons) plutôt qu'un extraordinaire violon pouvant coûter parfois plus de 50 fois moins cher....

 

L.MATTERA. Dans un orchestre, un musicien est recruté par concours. Une fois cette épreuve réussie et gagnée, comment ce nouvel élément arrive à s'intégrer harmonieusement au sein de cet entité ?

D.LEFEVRE. Un nouveau musicien ayant gagné un concours de recrutement est intégré dans l'orchestre tout simplement par son immersion total en lui. Du jour au lendemain, il se retrouve plongé parmi les musiciens permanents.

Ce n'est pas à mon avis un moment facile. Il doit réussir à se fondre dans l'ensemble sans pour autant perdre son identité propre.

Bien sûr il faudra qu'il joue bien mais devra démontrer également des qualités humaines fortes: de la diplomatie, de la modestie, de la gentillesse.

Car il ne faut pas oublier que réussir le concours n'est pas l'étape ultime. Il devra en effet passer une période de stage d'un an environ. Année décisive où chacun de ses mots seront retenus et chacunes de ses actions scrutées.

Il devra veiller à ne pas susciter de jalousie, ou critiquer le système dans lequel il doit s'intégrer.

L.MATTERA. Quelles ont été les expériences les plus marquantes de ta carrière de musicien et de violoniste ?

D.LEFEVRE. La vie d'un musicien ne peut pas faire autrement qu'être jalonnée d'événements et de rencontres marquantes. C'est là à mon sens que se trouve toute la beauté de mon «métier-passion» (comme j'aime l'appeler) ! Impossible d'énumérer et de faire une liste exhaustive de ces moments... En voici néanmoins quelques uns!

Un concerto de Beethoven avec le pianiste Grigory Sokolov. J'étais alors le Concertmaster de ce concert et je me souviens parfaitement de l'émotion palpable et immense flottant alors dans le public... J'ai même observé plusieurs auditeurs s'essuyer discrètement les yeux... Larmes de bonheur... Magique!

Ou encore un diner à la même table que Mstislav Rostropovitch racontant devant quelques convives plusieurs de ses souvenirs. Je me souviens du respect des uns et des autres devant l'un des plus grands maîtres du 20e siècle.

Je me souviens également de ce jour où j'ai joué en soliste une œuvre d'Henri Dutilleux. Le maître était dans la salle pour assister au concert. J'étais littéralement galvanisé par sa présence !

Un dernier souvenir, très émouvant pour moi, est ces conversations amicales et informelles que je pouvais avoir parfois avec mon ami Etienne Vatelot, l'un des luthiers les plus célèbres et respectés de la seconde moitié du XXe siècle. Il me racontait alors tant de ses souvenirs merveilleux, sachant que sa route avait croisée celle des plus illustres instrumentistes de son époque.

 

L. MATTERA. Le métier de musicien, de violoniste plus particulièrement, est-il physiquement et mentalement difficile ?

Malgré des apparences de beauté et d’harmonie, le métier de musicien est physiquement et mentalement très exigeant. Celui de violoniste tout particulièrement car le corps doit supporter des tensions, des pressions et des torsions dues à cette fameuse position si caractéristique. Et cela, un très grand nombre d'heures par jour. Aussi, le musicien se retrouve à devoir gérer en permanence de grands stress, le trac et les pressions physiologiques....

De tout cela peut d'écouler, bien sur , de nombreuses pathologies...

Pour arriver à contrecarrer ces effets négatifs, il est à mon sens impératif d'avoir une grande hygiène de vie. Sport, sommeil, nourriture saine sont autant d'aspects qu'un musicien doit scrupuleusement surveiller.

Lorsque j'enseigne, j'aborde en permanence ce sujet avec mes élèves leur conseillant presqu'autant de s'occuper de leur corps que de l'étude même du violon. À quoi bon savoir bien jouer de son instrument si leurs physiques ne supportent pas les pressions qu'il impose ?

Partager cet article

Repost 0
Published by ROYAL MONACO - dans MUSICA
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : ROYAL MONACO RIVIERA ISSN 2057-5076
  •  ROYAL MONACO RIVIERA      ISSN 2057-5076
  • : Royal Monaco Riviera web magazine fondé par Luigi MATTERA est le PREMIER site online de Monaco en presse écrite . Royal Monaco Riviera, il primo sito online del Principato divenuto cartaceo.ARTE, CULTURA, SOCIETA' della Riviera Ligure e Costa Azzurra!
  • Contact

Recherche